Florent Chavouet, l’interview !

Après un premier article sur Manabé Shima, voici une interview exclusive de son auteur/illustrateur : Florent Chavouet ! Parti au Japon du 12 février au 10 mars, il est rentré juste avant que le séisme ne secoue l’archipel… Mais pas d’inquiétude : l’île de Manabe n’a subi aucun dégât, même si les habitants ont le moral en berne…

Choko : L’île de Manabe Shima, c’est seulement votre 2e séjour au Japon ?

Florent : Non, il s’agissait en fait de mon quatrième voyage, effectué pendant l’été 2009. Mon tout premier voyage remonte à deux semaines d’été en 2001. Depuis Manabe, je suis retourné deux nouvelles fois au Japon. J’en suis donc à 6 voyages, et je ne me lasse toujours pas !

C : (attention, question très indiscrète !) Quel âge avez-vous ?

F : J’ai 31 ans depuis ce mois de février.

Florent se représente en dessin, dans ses livres.

C : Pourquoi cet intérêt pour le Japon en particulier ?

F : Je m’intéresse au Japon depuis le lycée (à peu près), mais sans trop savoir pourquoi. C’est lors de mon tout premier voyage que j’ai eu ma confirmation : il fallait que je revienne. Depuis, je me dis ça à chaque fois que je quitte le pays !

C : Y a-t-il d’autres pays vous attirent ?

F : Difficile à dire… J’ai une vraie passion ( mais très personnelle ) pour le Japon. Mais il est évident, comme tout le monde, que j’aimerais voyager dans plein d’autres pays ! Notamment dans les petites îles du Pacifique, la Polynésie française, les Marquises…!

C : Vous revenez tout juste du Japon : concoctiez-vous un nouvel ouvrage dans l’esprit de Tokyo Sanpo ou Manabe Shima ?

F : Non, il s’agit d’un voyage sans véritable but éditorial. Ca ne veut pas dire non plus que je n’ai pas fait de dessins sur place, mais ils ne constitueront pas un livre. J’ai notamment participé au Hadaka Matsuri d’Okayama, un festival assez connu et folklorique. J’en reparlerai probablement sur mon blog.

C : Au final, qu’avez-vous préféré : la frénésie de Tokyo ou la tranquillité de Manabe Shima ?

F : J’ai toujours préféré la campagne au Japon. Donc sans hésiter, je choisis Manabe (ou une autre île du même tonneau, il y en a plein). Mais là encore c’est un avis très personnel. Et je ne suis vraiment pas sûr qu’il soit partagé par la plupart des amoureux du Japon.

C : Pourquoi cet intérêt pour la cartographie ?

F : Tout comme ma passion pour le Japon, je ne sais pas vraiment à quand ça remonte, ni pourquoi ça m’intéresse. Je crois tout simplement qu’on ne choisit pas ses passions !
Donc mon amour des cartes n’a vraiment rien d’académique et professionnel, mais c’est tant mieux.

C : Quels matériaux utilisez-vous pour faire vos dessins ?

F : Essentiellement des crayons de couleur. Depuis mon premier livre, je m’en suis acheté une bonne quantité. En cas de pénurie mondiale, je suis préparé ! J’utilise aussi un peu de feutres à alcool parfois, pour certains fonds, et puis du stylo pour certains détails ( fils électriques, écritures… )

C : Avez-vous étudié le japonais en école ?

F : Non jamais, et ce n’est pas bien. De même que je ne fais pas beaucoup d’efforts pour apprendre, et ça c’est encore plus grave… J’espère me corriger un peu à l’avenir, mais ce n’est pas la première fois que je me fais cette promesse. Pour communiquer, notamment à Manabe, j’utilisais donc mes quelques bases (car j’en ai quand même !), un dictionnaire, et puis beaucoup de mimes et surtout de petits dessins explicatifs. On arrive toujours à se comprendre, suffit d’être patient et imaginatif.

C : Avez-vous un « meilleur souvenir », par rapport à votre séjour à Manabé Shima ?

F : Choisir un meilleur souvenir, c’est un peu difficile. J’aimais bien tout simplement m’endormir sur le ponton de l’hôtel, la nuit. Pas de moustique, que des étoiles et les lumières des autres phares au loin…
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Un grand merci à Florent Chavouet, pour avoir pris le temps de répondre à ces (nombreuses) questions !

Vous pouvez aussi le suivre sur son blog : http://florentchavouet.blogspot.com/

Au dernières nouvelles, il y présentait un dessin qui vient d’être accepté par le projet Tsunami , déjà évoqué dans cet article : ICI (mise aux enchères de tableaux/dessins pour collecter des fonds pour le Japon) . Il sera mis en vente le 30 avril, à la galerie Arludik, et l’argent ira également aux ONG soutenant les sinistrés du récent séisme.

Voici un aperçu :

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Voyage à Manabé Shima

Aujourd’hui, je vous emmène en voyage.
Destination : la petite île de Manabé Shima, perdue dans la mer intérieure du Japon, 309 habitants essentiellement pêcheurs.
Moyen de transport : quelques centaines de pages gribouillées de croquis colorés et divertissants.
Attachez votre ceinture ! Décollage imminent.

Pour entamer cette nouvelle rubrique littéraire, je vous propose de commencer avec un carnet de voyage illustré et bourré d’humour : Manabé Shima de Florent Chavouet, par les éditions Philippe Picquier, sorti en octobre 2010. Il faisait même partie de la sélection officielle du festival d’Angoulème 2011 !

« Le Japon est tellement une île qu’il est un archipel. Dans le catalogue japonais, on trouve des îles industrielles, des îles artificielles, des îles sacrées, des îles musées, des îles formol, des îles atoll, des îles balnéaires, des îles bleu-vert, des îles sauvages, des îles sans âge, des îles connues, Shikoku, et mêmes des îles où l’on pêche et l’on boit.
Parmi ces miettes de terre, il y a Manabeshima, une île dont on parle peu, mais où poussent très bien les poissons. »

Voici de quelle façon commence l’ouvrage de Florent Chavouet, qui explique dans cette introduction pourquoi il a choisi cette île plutôt qu’une autre. Il la voulait petite, pas trop connue, qui ait gardé un mode de vie campagnard, loin des attractions pour touristes et de la vie frénétique des grandes villes nippones.

Et c’est réussi ! Pendant les deux mois qu’il passe à Manabé Shima, Florent ne quitte pas son carnet de croquis, ni ses crayons. Il baragouine à peine le japonais, mais parvient néanmoins à se faire accepter et apprécier par les habitants de l’île. Il dépeint en croquis toutes ses découvertes, avec un œil de français qui s’étonne et s’émerveille de la moindre trouvaille. Au fil des pages on se régale avec lui, on rit, on se laisse surprendre et on se prend au jeu.

Tout est tellement détaillé qu’on pourrait presque entendre depuis notre canapé le bruit infernal des cigales nippones et sentir le goût délicat des sashimi fraichement préparés. Les cartes, nombreuses, des ruelles mais aussi de l’intérieur des logis, nous permet de nous fondre totalement dans l’univers de Florent, de le suivre partout comme si ses yeux et ses crayons étaient les nôtres.

Un regard plein d’humour, une vie paisible si loin de notre quotidien, des dessins d’une naïveté bien dosée qui exprime bien la bonhomie des personnages croqués, un grand bol d’oxygène et d’air marin…
Séances de pêche au crabe, o-matsuri avec feux d’artifices, chasse aux scarabées, visite au temple, poissons grillés, dégustation de shôchû, bastons de gangs de chats…
Voilà tout ce qu’on peut trouver dans Manabé Shima.

Il s’agit en fait d’une récidive. Le premier ouvrage du genre de Florent Chavouet s’intitulait Tokyo Sanpo et dépeignait son séjour dans la capitale nippone. On y retrouve le même regard à la fois étonné et étonnant sur une culture et un mode de vie si déroutants pour nous, étrangers, pauvres gaijin mal éduqués !

Au final, quand on referme le livre sur l’ultime scène d’adieu, on se sent aussi tristes et mélancoliques que si l’on avait nous aussi passé un séjour sur l’île, et qu’il faille lui dire au revoir en refermant la quatrième de couverture.
Peut-être qu’un jour, on pourrait nous aussi rencontrer ces personnages si sympathiques ? C’est sur cette dernière pensée qu’on range avec regret le livre sur son étagère.

En guise de conclusion, une interview de l’auteur : http://www.journaldujapon.com/2009/05/interview-de-florent-chavouet-auteur-de-tokyo-sanpo.html

L’adresse du blog (croustillant) de l’auteur : http://florentchavouet.blogspot.com/

Et enfin, une interview vidéo :

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Merci à Isabelle Lacroze, des éditions Philippe Picquier

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